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les News d'Afrique et du Monde

Devoir de mémoire: l'Assassinat de Mgr Munzihirwa, 14 ans déjà!

29 Octobre 2010 , Rédigé par digimobile Publié dans #news



 















   

Par Jean Baptiste 

Agence DIA, vendredi, 29 Octobre 2010

 


Kinshasa, le 29 octobre 2010 –(D.I.A) - : Il y a 14 ans jours pour jours depuis que Mgr Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu, était assassiné comme martyr de la Paix à l’entrée des troupes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) le 29 octobre 1996 dans la ville de Bukavu, province du Sud-Kivu.   

 

14 ans après sa mort, la figure de Mgr Christophe Munzihirwa reste vivante à Bukavu. Ce Pasteur qui se faisait appelé Zamu c’est-à-dire sentinelle, était un combattant de la justice et de la paix. Il n’avait pas hésité  à écrire à l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ses autres agences mais aussi aux grands de ce monde pour dénoncer les méfaits dont étaient victimes ses frères. Son engagement et son courage apostolique lui ont coûté la vie.

 

La paix, voilà ce que tous demandent pour les provinces de l’Est de la République démocratique du Congo (Rdc). La paix à Bukavu et dans le monde est au cœur des intentions de cette Eglise locale qui a vu les femmes du monde  marcher dans les rues de Bukavu le dimanche 17 octobre.  (Agence catholique DIA  www.dia-afrique.org)

 

 

Les circonstances de son assassinat


Extrait de:
 "Mort de Mgr Christophe Munzihirwa, sj à Bukavu: le témoin et prophète de la vérité"


Mgr munzihirwa a pris possession canonique de l’archidiocèse de Bukavu au plus fort de l’entrée de centaines de milliers de réfugiés hutus fuyant la guerre au rwanda. cette présence massive de réfugiés installés au cœur meme de l’archidiocèse fut sa préoccupation majeure à coté de l’occupation du sud Kivu par des troupes étrangères.

Dans ses prédications et messages écrits, il dénonçait le manque d’amour, la haine tribule ; il déploierait la déstabilisation socio-économique du Kivu ainsi que la destruction de son environnement.


Dans son souci de faire respecter la justice et les droits, il ne supportait jamais qu’on maltraite un homme, crée à l’image de Dieu. Dans ses nombreuses prises de position courageuses, il interpellait les gouvernants, les institutions internationales, les États et même le peuple. Il n’épargnait pas l’ONU et les organisations humanitaires devant leur démission dans la cause des réfugiés.


Il dénonçait les arrestations arbitraires, les disparitions des personnes influentes, les conditions de vie scandaleuse dans « les prisons, les climats de terreur etc. défendeur des droits de sans voix, il fut victime de la haine et il a payé le prix de son engagement pour la paix et la justice. Il fut assassiné le 29 octobre 1996.



Oublier c'est effacer pour toujours une partie de notre histoire.
Par Kaka Luigi Lo Stocco, sx


Aujourd'hui nous nous souvenons d'une page triste de notre histoire de la République :
  L'assassinat ignoble à Bukavu de Monseigneur Christophe Munzihirwa. Il était le 29 octobre 1996. Sont déjà passé 14 ans.

Le pouvoir exécutif de la province du Sud Kivu était en pleine déroute. La guerre avait eu son debout au Sud, dans la vallée de la Ruzizi. La ville de Bukavu et ses alentours comptaient déjà des centaines d'infiltrés rebelles, venus des pays voisins tels le Rwanda et le Burundi. Les FARDC étaient en pleine débandade, pris par la panique, la peur et l'insuffisance d'armements, avaient laissés entrer l'ennemi, avec aussi une certaine complicité.


Monseigneur Munzihirwa avaient lancé pas mal d'appels, invitant les habitants de Bukavu, de ne pas s'enfuir et à ne pas laisser la ville dans les mains des étrangers, affamés surtout des riches ressources du Congo et dans une logique de balkanisation du pays. Ainsi Monseigneur, avec ces courageuses prises de positions, dénonçait les intentions cachées des infiltrés et de leurs gouvernements, surtout le Rwanda.

Ce jour là, au bon matin du 29 octobre 1996, donc, Monseigneur avait pris l'initiative de convoquer une réunion de crise à l'archevêché de Bukavu, avec une quarantaine de personnes plus influentes pour réfléchir ensemble sur les défis du moment et pour attirer l'attention du gouvernement central de Kinshasa et de la communauté internationale sur la tragédie des refugiés rwandais qui avaient trouvé un abri dans l'Est du Congo, et réussir aussi à épargner la ville de Bukavu des dégâts de morts et de pillages.


Monseigneur Munzihirwa a toujours fortement aimé sa terre d'origine, son Bushi.

La terre de ses ancêtres, mais aussi la terre de ses frères et sœurs bashi, qui avec beaucoup de sacrifices et de sueur réussissaient à la faire fleurir de fruits de tout genre. Il ne veut pas que des étrangers puissent s'en approprier. Et en plus, cette terre avait accueilli les milliers de refugiés rwandais. Munzihirwa prévoit une tragédie et alors lance des appelle, dénonce, implore, et prie pour que « sa terre » soit bien épargnée d'un bain de sang.


Voilà ce qui a compté pour lui : Sa participation active à la tragédie des refugiées rwandais, ses dénonciations ouvertes à défendre les victimes hutus et à confirmer l'agression rwandaise du Kivu, ses mises en garde de l'opinion internationale pour la mal information donnée par les médias occidentaux et pour toute hypocrisie du pouvoir.


Munzihirwa était un homme libre, car il était un érudit, riche d' une culture générale, versé dans la connaissance de la littérature chrétienne de l' antiquité à nos jours. La culture et la langue mashi étaient sa passion. Il écrivait un swahili académique et une langue française impeccable. Ses écrits nous témoignent tout cela.


La première partie de la réunion s'était terminé vers 11h. Les participants s'étaient donné le rendez-vous pour reprendre une deuxième partie vers 14h,30. Vers 14h. le bruit des premiers coups arrivèrent jusqu'à l'archevêché, en faisant sursauter tous les participants à la rencontre. Toute la ville de Bukavu semblait bien secouer par ces coups sourds et puissants. Parmi ces participants il y avait des papas et mamans de famille, qui commençait bien à se préoccuper des leurs enfants et des autres membres de la famille.


Vers 16h.30, la journée étant été très grise et pleine de nuages menaçantes, on s'accorde de terminer la réunion, mais tout en se donnant rendez-vous pour le lendemain. Monseigneur Munzihirwa, malgré les risques qui pouvait bien rencontrer, avec son chauffeur et un policier prennent le chemin du Collège Alfajiri. De ce coté il y a un groupe de sœurs qui ont besoin de son aide et qui doivent être évacuées.


Certains de ces participants à la réunion , tels que Jean Pierre-Biringanine, le commissaire urbain Shabani et autres, ne voulant pas laisser seul Munzihirwa, se décident de le suivre en pilotant une 2e voiture, celle de Monsieur Kabego.


Les risques des dangers réels sont là, mais Munzihirwa a tout autre à faire et à penser. Comme « bon » pasteur et chrétien il ne s'épargne pas. Il y a des personnes qui ont besoin de lui et dédaigneux du danger et des pièges de la route, il s'en va, avec son chapelet et la croix pectoral dans les mains.


J'essaye maintenant de raconter la suite, comme de quelqu'un présent et survécu à la tragédie.

 « Après peu de minutes de route nous arrivons à Nyawera. Les coups de feux ont repris. Voila un groupe de soldats, bien visiblement rwandais et surtout bien armés nous barrent le route. Fusils à la main continuent à tirer sur n'importe quoi, et ils nous obligent à nous arrêter. Par ci et par là nous percevons aussi des divers cadavres sur la route : hommes, femmes et enfants. Notre chauffeur rapproche la voiture au bord de la route, tout juste devant la clôture de la SINELAC. Moi je suis là, invisible avec les trois dans la voiture.


C'est Monseigneur qui sort le premier et qui dans les mains son crucifix pectoral se dirige vers les soldats. Il n'a pas peur de l'arrogance et du mépris que ces gens sans aucune dignité lui font montre. Ils n'écoutent pas ce que leur dit et leur demande, mais, de loin, je vois dans leurs yeux rougeâtres et drogués seulement de la haine et de l'aversion.


Malheureusement nous n'avons pas pu écouter les paroles que Monseigneur leur a adressée. Elles pouvaient encore nous illuminer sur sa « grandeur » de « sentinelle du matin ».


Mais nos yeux ont été témoins de ce que suit :

les militaires le soumettent d'abord à un interrogatoire, et l'obligent à rester debout prés d'un poteau de la lumière. Ils veulent le torturer dans une manière macabre, en lui faisant voir tout ce qu'ils étaient capables de faire… comme dans une séance de film de l'horreur.


Les militaires approchent de la voiture de Monseigneur et avec une rafle de coups exécutent le policier et le chauffeur.

Mr Biringanine est dans la 2e voiture. S'apercevant que Monseigneur est sur la route, n'hésite un instant à descendre de la voiture et essayer de s'approcher à lui. Mais après un premier pas il est atteint d'un coup mortel qui le fait tomber mort sur la route. Les autres qui étaient avec lui sur cette même voiture, c'est en suite que je l'ai appris, avaient réussi à se mettre à l'abri et se sauver.


Après ce carnage un de militaires, qui entre temps j'avais vu communiquer avec son téléphone portable en kinyarwanda, enfin s'écrit en français: « tuez-le, lui aussi », et avec son pistolet s'adressa à Monseigneur et avec un tir à la nuque le tua.


Près de la clôture de la SINELAC. Il était presque 18h. du 29 octobre 1996.


"La liberté n'a qu'un seul prix à payer, le prix du sang » souvent nous répétait Monseigneur Munzihirwa.


J'aime reprendre ce qu'on a écrit de lui, mais avec des ajoutes très personnelles, qui certainement nous éclaircissent davantage sur la grandeur de la personnalité de Munzihirwa. Nous avons vécu avec lui à Kasonogo et à Bukavu, nous l'avons côtoyer et parfois mal compris. Oublier les grands c'est oublier une partie de notre histoire.


Monseigneur Munzihirwa, depuis 1994, n'a cessé de prendre position pour interpeller les uns et les autres et leur rappeler leur devoir de cesser la guerre, les exclusions, les discriminations de tout genre, la politique régionale impérialiste, hégémoniste et néocolonialiste, qui déstabilise les pauvres populations déjà en désarroi et combattre ainsi toute injustice. Il dénonçait de n'importe où qu'elle vienne. Bukavu avait été envahi par milliers de malheureux qui fuyaient la violence de Kagame.


Monseigneur Munzihirwa est mort comme il a vécu.


Un homme d'une modestie et simplicité non communes. Toujours habillé très simplement et avec des habits usuels. Lui-même lessivait sa chemise, ses pantalons, etc. Un jour je me suis trouvé avec lui à Rome. Il avait aussi le P. Amato, en ce temps-là économe de l'Archidiocèse de Bukavu. Nous avions à rencontrer une personnalité de la Curie Romaine. Et Monseigneur aurait du s'habiller en habits épiscopaux. En même temps nous voulions prendre aussi des photos de l'Archevêque, et surtout avoir sa photo officielle à envoyer dans toutes les paroisse de l'Archidiocèse. Je me rappelle bien le visage de Monseigneur ce jour là, avec ses habits épiscopaux, sous les regards de tous ses confrères jésuites de la Maison Généralice. J'avais l'impression comme d'un homme qui se soumettait à la barre pour être jugé. C'était la seule et unique fois que je l'avais vu habillé avec sa soutane épiscopale.


Grand Munzihirwa qui était contre les solennités, les fastes, jusqu' à paraître se négliger et à être méprisé par certains de ses prêtres! Il n' aimait pas qu'on s' occupe trop de lui. A Kasongo et à Bukavu j'en ai fait pas mal de fois l'expérience. « Ca ira » il me répétait souvent. Les protocoles le gênaient énormément.


Curieusement, voila, pour son enterrement, les circonstances ont obligé d'adopter la simplicité, voire le dépouillement; un cercueil, fait avec deux planches de bois et des draps frustes et un deuil d'un petit groupe de personnes.


De son vivant, Munzihirwa avait choisi de se faire appeler "Mzee", et "Muhudumu », c'est-à-dire : vieux sage et serviteur. Comme la sentinelle du matin.


Aujourd'hui, 14 ans après son assassinat, resté encore impuni, ( je ne sais pas s'il s'agit là de « distraction » ou « carence » de l'Eglise Catholique, en particulier celle de Bukavu ou des autorités compétentes de la RDC) nous, comme aussi plusieurs témoignages, reçues, qualifions Mzee Munzihirwa comme notre " martyr", martyr de la paix, martyr de la vérité.


Martyr de la justice.

Son sang est une semence de paix pour le Congo et la Région des grands lacs. Il a été assassiné pour faire taire sa puissante voix qui parlait haut et fort, et qui dénonçait sans hésitations les injustices et les violations des droits de l'homme.

Un jour Mzee Munzihirwa avait écrit: "L' espérance que le Christ ressuscité nous apporte est une espérance de libération personnelle, collective et totale de l' homme mais elle demande des hommes qui soient prêts à en payer le prix: "Qui veut garder sa vie la perdra et celui qui l' investit pour ses frères la sauvera".


Pas seulement des martyrs pour la foi, donc. Mais aussi des martyrs pour la paix, la justice, la tolérance, le respect. Et quelle force intérieure a poussé Munzihirwa à risquer sa propre vie, si non sa grande foi et son amour inconditionné envers ses semblables.

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