L'UNION AFRICAINE RENONCE À UTILISER LA FORCE POUR DÉLOGER LAURENT GBAGBO.
Côte d'Ivoire, Tunisie, Egypte... Les dirigeants des 53 Etats membres de l'« Union africaine (UA) » devaient se réunir en sommet, dimanche 30 et lundi 31 janvier 2011, à Addis-Abeba (Ethiopie), alors que le continent est agité de secousses multiples. Le président français, Nicolas Sarkozy, invité de ce sommet, devait prononcer, dimanche, un discours destiné à promouvoir les priorités de son mandat à la tête des « G8 » et « G20 », parmi lesquels figure le renforcement de la représentation des Africains dans les instances internationales. Propos recueillis par Philippe Bernard.

Jean Ping, le dirigeant de l'« UA », privilégie une solution « pacifique et négociée » en Côte d'Ivoire.
Jean Ping, président de la Commission de l'« UA » et, à ce titre, numéro un de l'organisation, qui n'était resté discret jusqu'à présent à propos du renversement du président tunisien Ben Ali, a salué vendredi 28 janvier 2011 au soir, dans un entretien accordé au « Monde », le fait que « la Tunisie se donne un gouvernement conforme à la volonté populaire », sans pour autant considérer que la révolution tunisienne puisse servir d'exemple pour le continent.
Se disant « préoccupé » par les événements en cours en Egypte, M. Ping constate que « les Etats africains suivent des itinéraires variés vers la démocratie » et qu'il s'agit de promouvoir des processus « pacifiques ». A ce titre, le sommet devait se pencher sur la situation qui prévaut en Côte d'Ivoire.
A l'issue de plus de quatre heures de débats, le « Conseil de paix et de sécurité de l'UA » où siégeaient les présidents sud-africain, Jacob Zuma, nigérian, Jonathan Goodluck, zimbabwéen, Robert Mugabe, et namibien, Hifikepunye Pohamba, a décidé, vendredi 28 janvier 2011 soir, de mettre en place un « comité de haut niveau ».
PRÉ-GUERRE CIVILE
Composé de chefs d'Etat du continent, sa mission consistera à « dégager un accord de sortie de crise dans un délai d'un mois au maximum ». Sa composition, qui devait être annoncée sous quarante-huit heures, devrait permettre d'inclure des présidents issus des cinq grandes régions africaines, dont certains soutiennent le président élu Alassane Ouattara et d'autres le sortant Laurent Gbagbo. Alors que l'« UA » réclamait jusqu'à présent le départ de ce dernier, M. Ping n'est « plus sûr qu'il faille présenter les choses ainsi ». « Le vainqueur de l'élection est clairement M. Ouattara [*], maintient-il, mais il s'agit de trouver une solution politique, pacifique et négociée ». Alors que certains dirigeants envisageaient le recours à la force, il convient désormais de « parvenir à un résultat sans recourir à la violence ».
S'agit-il de partager le pouvoir ? « Pas forcément », répond M. Ping. C'est pourtant bien de cela qu'il semble s'agir puisque le dirigeant de l'« UA » se réfère au précédent du Kenya. Dans ce pays, en 2008, l'opposant Raila Odinga, dont la victoire à la présidentielle avait été refusée par le président sortant, Mwai Kibaki, a été nommé premier ministre après de sanglants affrontements.
« Les non-Africains ne pensent qu'à la démocratie », commente Jean Ping, faisant allusion aux pressions occidentales pour faire respecter le choix des électeurs ivoiriens. Les Africains, eux, pensent à la fois à la démocratie et à la paix car leur continent est confronté aux violences et aux guerres civiles. « La résolution de la crise ivoirienne constitue à ses yeux un enjeu majeur car, on est dans une situation de pré-guerre civile qui peut affecter toute la sous-région ».
M. Ping n'oublie pas non plus que de multiples élections sont programmées cette année en Afrique et que le refus de M. Gbagbo de se retirer constitue un précédent dangereux. Appelé enfin à commenter le ferme soutien de M. Sarkozy à M. Ouattara, le président de la Commission de l'« UA » reconnaît diplomatiquement que « le rôle des pays non-africains ne suscite pas l'unanimité ». Minimisant la division des chefs d'Etat africains dans le duel « Ouattara-Gbagbo » et l'avantage pris par ce dernier au fil du temps, Jean Ping veut croire que les Africains vont utiliser leur « méthode traditionnelle » pour résoudre eux-mêmes le casse-tête ivoirien : « S'asseoir sous l'arbre à palabres et trouver une solution ».
NOTE :
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